Présenté en compétition officielle au Festival de Cannes 2025, Fuori ne cherche jamais à raconter toute la vie de l’écrivaine italienne Goliarda Sapienza. Mario Martone préfère se concentrer sur une période précise : son arrestation pour vol de bijoux, son passage en prison puis la relation qu’elle entretient avec plusieurs anciennes détenues après sa libération.
Ce choix narratif est sans doute la meilleure idée du film. Plutôt que de construire un biopic académique et chronologique, Martone privilégie une approche fragmentée, plus intime, presque impressionniste, qui épouse la personnalité insaisissable de Goliarda Sapienza.
Valeria Golino impressionne dans le rôle principal
Le grand atout de Fuori reste sans conteste l’interprétation de Valeria Golino. L’actrice parvient à rendre Goliarda Sapienza à la fois fière, fragile, ironique et profondément libre. Son regard fatigué, sa façon de parler, sa manière d’occuper l’espace donnent au personnage une présence très forte.
À ses côtés, Matilda De Angelis apporte une énergie plus vive et instinctive dans le rôle de Roberta. Leur relation, volontairement ambiguë, entre amitié, fascination, amour et dépendance, constitue le cœur émotionnel du film. Même Elodie, dans un rôle plus discret, trouve une vraie justesse. Plusieurs critiques ont d’ailleurs souligné que Matilda De Angelis volait parfois presque la vedette à Valeria Golino.
Une vision féminine et politique rare
Fuori se distingue aussi par son regard sur la prison. Ici, le milieu carcéral n’est pas filmé uniquement comme un lieu de violence ou d’enfermement. Mario Martone montre au contraire comment la prison devient paradoxalement un espace de solidarité, de confidences et de reconstruction entre femmes.
Le film insiste beaucoup sur cette sororité qui continue après la sortie de prison. Goliarda, Roberta et Barbara tentent de recréer à l’extérieur les liens qui les unissaient derrière les barreaux. Cette idée du “dehors” qui reste parfois aussi oppressant que la prison donne au film une dimension politique discrète mais réelle. Fuori parle autant de marginalité que de liberté, du poids des normes sociales et du regard porté sur les femmes qui refusent de rentrer dans les cases.
Un film élégant mais parfois trop contemplatif
La mise en scène de Mario Martone possède une vraie élégance. Les rues de Rome baignées de soleil, les appartements modestes, les cafés, les silences et les longues déambulations donnent au film une atmosphère mélancolique très réussie.
Mais cette approche contemplative pourra aussi frustrer une partie du public. Fuori prend son temps, parfois beaucoup trop. Certaines scènes semblent s’étirer sans apporter grand-chose de plus au récit. Là où certains y verront une délicatesse bienvenue, d’autres pourront ressentir une certaine distance émotionnelle ou une impression de lenteur excessive. Plusieurs critiques ont reproché au film son manque de tension dramatique et son côté parfois trop diffus.
Un biopic atypique qui préfère les sensations aux explications
Fuori n’est pas un film qui cherche à tout expliquer de Goliarda Sapienza. Ceux qui découvrent l’écrivaine risquent même de rester un peu à distance du personnage ou de ne pas saisir pleinement l’importance de son œuvre.
Mais ce refus du biopic classique fait aussi la singularité du film. Mario Martone préfère faire ressentir une époque, une énergie, un état d’esprit. Il filme une femme qui refuse d’être définie par la prison, la société ou même sa propre légende. Cela donne un film parfois inégal, mais souvent touchant et sincère.
Fuori n’est probablement pas le film le plus accessible de la compétition cannoise 2025, mais il fait partie de ces œuvres discrètes qui laissent une impression durable grâce à leur atmosphère et à leur interprétation principale.








