Au Café de la Gare, un drôle et convaincant Don Juan au féminin

Clémentine (à gauche) doit incarner Don Juan, au grand dam de Pascal (au centre). Pour Jean-Pierre (à droite), les choses ne sont pas plus évidentes...

Au Café de la Gare, un drôle et convaincant Don Juan au féminin

Faire incarner Don Juan non par un homme, mais par une femme : telle est l’idée d’Isabelle, une metteuse en scène débordante d’enthousiasme. Malheureusement, cette originale proposition va semer la zizanie dans la petite troupe de théâtre… Avec Don Juan est une femme, actuellement joué au Café de la Gare, Olivier Maille propose une pièce réjouissante, au texte ciselé et aux thématiques dans l’air du temps. 

Tout partait pourtant d’une bonne idée : dépoussiérer Don Juan, le chef-d’œuvre de Molière, en confiant le rôle du célèbre séducteur à une femme. Las, cette intéressante proposition artistique va susciter quelques résistances – doux euphémisme – parmi les acteurs que tente de diriger Isabelle (incarnée par Raphaëlle Lenoble, en alternance avec Dorothée Moreau), la metteuse en scène au bord de la crise de nerf… A commencer par Pascal ( Olivier Maille lui-même, Mathieu Mocquant ou Florian Spitzer) : ce beau gosse quadragénaire, archétype du misogyne se croyant irrésistible, voit d’un très mauvais œil le rôle-titre lui échapper. Et va tenter par tous les moyens de l’accaparer.

Parmi les protagonistes, on compte aussi Jean-Pierre (Hubert Myon ou Sébastien Perez), arborant vêtements de tennis griffés et calvitie bien engagée. Il compense un physique peu avantageux par une fortune clinquante qui lui permet de financer la pièce – et espère-t-il, de s’acheter des amis. A ses côtés, le discret, gentil et très bègue Gabin (Mathieu Coniglio ou Günther Vanseveren) plus homme à tout faire qu’acteur, tente de satisfaire les exigences de sa famille de saltimbanques en incarnant un personnage pour le moins… conceptuel.

Et puis bien sûr, il y a Don Juan, joué par la flamboyante Clémentine (incarnée soit par Fanny Lucet, soit par Aurore Pourteyron), tout en blondeur, décolleté plongeant et revendications féministes un tantinet agressives. A l’instar de Pascal, elle aussi ne cesse de vouloir réécrire la pièce pour capter le maximum de lumière. Au milieu de ce petit monde visiblement bien décidé à faire échouer la pièce, Isabelle, en mal d’autorité mais aussi d’amour, se débat pour tenter d’imposer son point de vue. Au fur et à mesure, les masques tombent et chacun se dévoile de plus en plus. Ainsi, la metteuse en scène n’a peut-être pas confié le rôle principal à son amie Clémentine uniquement par convictions féministes ou par amitié…

Une comédie truculente servie par des acteurs talentueux

Cette comédie truculente d’Olivier Maille, servie par un décor minimaliste mais efficace et surtout par des acteurs bourrés de talent et d’énergie, fait mouche grâce à un texte extrêmement bien écrit, débordant d’humour. Grâce aussi à des thématiques très actuelles et abordées intelligemment : le féminisme et ses possibles excès, son corollaire négatif, le machisme ou encore le manque de confiance en soi dans un monde où il faut constamment faire  valoir ses compétences… Mais aussi le slut shaming, fait de juger les femmes en fonction de leur vie sexuelle, qui est dénoncé au travers du très émouvant personnage d’Isabelle.

On pourrait peut-être reprocher à Don Juan est une femme une certaine hystérie par instants, avec des comédiens qui n’hésitent pas à monter dans les tours. Mais ne boudons pas notre plaisir : la pièce demeure une franche réussite, à la fois très drôle et interprétée avec brio. À découvrir au Café de la Gare les lundis et mardis jusqu’à fin avril et les vendredis et samedis à partir de mai.

Caroline Coupat

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