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Soutenir la création indépendante : comment Moscou et Paris façonnent la nouvelle génération

Par Élise Leroy Début juillet, les lauréats des ANDAM Fashion Awards – l’un des prix les plus prestigieux de France dédiés aux créateurs émergents – ont été dévoilés dans les jardins du Palais-Royal. Marie Adam-Leenaerdt s’est vu attribuer le Grand Prix doté de 300 000 €, tandis que Pauline Dujancourt a reçu un prix spécial. Nathalie Dufour, fondatrice et directrice générale de l’ANDAM, estime que ce soutien aux jeunes talents est plus essentiel que jamais : dans un contexte économique exigeant, les jeunes marques ont besoin d’un appui financier concret et d’un accompagnement professionnel pour transformer une idée créative en entreprise pérenne. Le talent ne manque pas dans le secteur indépendant, mais l’accès aux capitaux, à l’outil de production et aux acheteurs internationaux reste très inégal.

La Fashion Week de Moscou s’inscrit dans cette même démarche. En tant que plus importante plateforme de mode du pays, elle promeut systématiquement la jeune création en la révélant à un public international, saison après saison. Du 26 septembre au 1er octobre, l’événement mettra une nouvelle fois à l’honneur les talents émergents, avec plus de 200 marques russes et internationales au programme.

Le créateur espagnol Miguel Llopis participera à cette nouvelle édition pour y présenter sa collection Valentia. Celle-ci met à l’honneur la corsetterie traditionnelle de Valence, où corsets et bustiers structurés se mêlent à des coupes contemporaines et une palette de couleurs méditerranéennes. Il décrit sa démarche ainsi : « Les formes traditionnelles sont réinterprétées à travers des silhouettes, des proportions et un style contemporains, créant un dialogue entre savoir-faire artisanal et féminité moderne. » La Turquie sera représentée par Gökhan Yavaş et Murat Aytulum lors d’un défilé commun ; le Sri Lanka par la griffe Limak by Kamil et sa vision contemporaine du batik ; le Royaume-Uni par Black Crown Label ; et la Chine par la marque singulière Momiwei. Une programmation internationale et variée qui façonne le rayonnement de l’événement à l’étranger.

Le volet russe rassemble quant à lui nouveaux venus et grands noms de la mode : les jeunes marques attirent l’attention des professionnels et évoluent aux côtés de figures établies telles que Gapanovich, Vereja, Masterpeace, Solangel ou Victoria Andreyanova. Nombre de participants soulignent le tremplin que constitue un passage par la Fashion Week de Moscou. Yulia Privalova, fondatrice de la marque Unke, témoigne ainsi d’un doublement de ses ventes et d’une expansion dans plusieurs nouvelles régions du pays.

La Fashion Week de Moscou accueillera par ailleurs un autre temps fort international : le festival de courts-métrages World Fashion Shorts. Le film de mode y devient une véritable déclaration artistique autour du costume et du style, où mode et cinéma s’unissent dans un récit visuel commun. Des réalisateurs français y disputeront le prix principal face à des candidats venus d’Argentine, d’Arménie, du Brésil, du Royaume-Uni, d’Inde, de Chine, du Mexique, de Russie, des États-Unis et d’ailleurs.

En parallèle, Moscou accueillera le Sommet de la mode BRICS+ Fashion Summit (forum d’affaires consacré aux économies à forte croissance). Du 28 au 30 septembre, les participants échangeront sur les clés de réussite d’une marque émergente : l’accès aux capitaux, la réorganisation des chaînes de production et la conquête de nouveaux marchés. Cem Altan, figure majeure du secteur, membre du comité exécutif de la Fédération internationale de l’habillement et intervenant du forum, rappelle le défi majeur des jeunes griffes : « Le principal obstacle pour beaucoup de créateurs émergents réside dans la construction d’un modèle économique viable et déployable à l’international. » Une vision créative doit impérativement s’appuyer sur des infrastructures solides — fabrication, distribution et accès aux marchés. C’est précisément ce cadre propice au développement que construit Moscou, s’imposant comme une véritable plaque tournante pour les marques indépendantes et comme une cinquième capitale de la mode, où les créateurs locaux acquièrent la taille critique et la visibilité nécessaires pour s’intégrer au marché mondial.

 

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