Le salaire de François Lenglet n’a jamais été rendu public, et c’est en soi une petite ironie : l’homme qui martèle depuis vingt ans qu’« avec les chiffres, on touche à une forme de vérité » est l’un des rares éditorialistes français dont aucun montant n’a jamais fuité. TF1 est un groupe privé. Il ne publie pas la rémunération de ses visages. Sur le directeur de son service économie, le chiffre manque.
Quel est le salaire de François Lenglet en 2026 ?
Aucun montant officiel n’existe. Ni TF1, ni LCI, ni RTL n’ont jamais communiqué sur la rémunération du journaliste, et l’intéressé ne s’est jamais exprimé sur le sujet. Les fourchettes qui circulent sur les agrégateurs et les blogs spécialisés ne s’appuient sur aucune source identifiable : il faut les tenir pour ce qu’elles sont, des estimations invérifiables.
Ce que l’on peut documenter, en revanche, c’est la structure de ses revenus. Depuis 2018, François Lenglet dirige le service économie de TF1 et LCI. Il n’est pas un simple chroniqueur invité : il occupe un poste de direction éditoriale, intervient dans les journaux de 20 heures et anime Lenglet Déchiffre sur LCI depuis 2019. En parallèle, il tient depuis 2013 une chronique économique quotidienne sur RTL, diffusée autour de 7 h 35 dans la matinale. Deux employeurs, donc. Auxquels s’ajoutent les droits d’auteur de huit ouvrages et une activité de conférencier.
Autrement dit : parler du « salaire de François Lenglet » au singulier, c’est déjà se tromper de question.
Pourquoi le salaire de François Lenglet n’est-il jamais publié ?
Parce qu’aucun texte n’y oblige TF1. La chaîne appartient au groupe Bouygues, une entreprise privée cotée, qui publie la rémunération de ses mandataires sociaux mais pas celle de ses journalistes. France Télévisions, à l’inverse, est soumise à des obligations de transparence liées au financement public : c’est ainsi que l’on a appris, en 2017, que Laurent Delahousse percevait environ 15 000 euros nets mensuels.
Le détail est savoureux. François Lenglet a passé six ans à France 2, de 2012 à 2018, comme chef du service économie. Même là, son nom n’est jamais sorti dans les listes de salaires qui ont pourtant beaucoup circulé à l’époque. Discrétion de l’intéressé, ou position moins exposée que celle des présentateurs de journaux ? Les deux, probablement.
Combien gagnent les éditorialistes du même rang ?
Faute de chiffre sur Lenglet lui-même, les ordres de grandeur du métier donnent un cadre utile. Le recensement établi par l’association de critique des médias Acrimed à partir de documents internes et d’articles de presse offre plusieurs points de comparaison, tous antérieurs à 2020 — à manier avec précaution, donc.
| Journaliste | Média | Rémunération mensuelle citée | Période |
|---|---|---|---|
| Claire Chazal | TF1 | ≈ 120 000 € brut | Milieu des années 2010 |
| Maïtena Biraben | Canal+ | 55 944 € brut | 2016 |
| Thomas Sotto | Europe 1 | 37 938 € net | 2016 |
| Natacha Polony | Europe 1 | 27 400 € | 2016 |
| Laurent Delahousse | France 2 | 15 000 € net | 2017 |
| Journaliste en CDI (médiane) | Tous médias | 3 560 € brut | 2023 |
La dernière ligne est la plus parlante. Selon l’Observatoire des métiers de la presse, le revenu brut médian d’un journaliste titulaire de la carte de presse employé en CDI s’établissait à 3 560 euros en 2023 ; celui d’un pigiste tombait à 1 951 euros. Un Delahousse gagne donc, en un mois, ce qu’un journaliste médian met plus de cinq mois à toucher. La profession n’est pas un bloc : elle est un escalier très raide, dont les éditorialistes de plateau occupent la dernière marche. Une réalité que l’on retrouve chez d’autres figures de la chaîne, à l’image du salaire d’Anne-Claire Coudray, lui aussi objet de toutes les spéculations.
Que rapportent vraiment les conférences de François Lenglet ?
C’est le seul montant jamais associé publiquement à son nom, et il remonte à 2014. Le quotidien L’Est-Éclair révèle alors que la venue du journaliste à la dixième édition de « Magic Business », organisée par l’association Le Cercle des services au centre de congrès de Troyes le 4 décembre 2014, est facturée 8 500 euros hors taxes. L’affaire fait du bruit parce que l’événement, doté d’un budget de 70 000 euros, est partiellement financé sur fonds publics : 6 000 euros du conseil régional, 5 000 euros du Grand Troyes, 4 000 euros de la chambre de commerce et d’industrie.
Interrogé, François Lenglet conteste la lecture du chiffre. Le montant, explique-t-il, englobe la marge de l’agence intermédiaire, ses frais de déplacement et les livres offerts aux participants. Sa formule est précise : « Ma rémunération sera donc inférieure de moitié au chiffre que vous indiquez », soit de l’ordre de 4 250 euros. Il ajoute que cette activité relève de son travail d’essayiste, expressément autorisée par son contrat avec France 2 — ce que la chaîne confirme alors. L’épisode est documenté dans le détail par Acrimed.
Douze ans plus tard, il figure toujours au catalogue d’une agence de conférenciers, sur les thèmes de l’inflation, de la croissance et de la dette. Le tarif, lui, n’est plus affiché : il se demande sur devis.
Les livres pèsent-ils dans les revenus de François Lenglet ?
Ils comptent, sans constituer l’essentiel. Depuis La crise des années 30 est devant nous (2007), le journaliste a publié huit ouvrages, parmi lesquels La guerre des empires (2010), Qui va payer la crise ? (2012), La fin de la mondialisation (2013), Rien ne va, mais… (2022) et Combien de temps ça va durer ? (2023). Tant pis ! Nos enfants paieront lui a valu le prix du livre d’économie en 2016.
Dans l’édition française, les droits d’auteur se situent le plus souvent entre 8 et 10 % du prix public hors taxes. Aucun chiffre de ventes n’a été communiqué pour ces titres, et il serait hasardeux d’en déduire un revenu précis. Le rythme de publication — un livre tous les deux à trois ans depuis près de vingt ans — dit en revanche quelque chose d’une méthode : chez Lenglet, le livre n’est pas un à-côté, c’est le socle qui légitime la parole télévisée.
Quel parcours explique le salaire de François Lenglet ?
Un très long apprentissage dans la presse écrite. Né le 10 novembre 1961 à Antony, fils d’une professeure de lettres et d’un dirigeant de l’industrie chimique, il sort de la Sorbonne avec une maîtrise de lettres modernes — pas d’une école de commerce, ni de Sciences Po. Il débute en 1983 à l’agence A Jour, dirige brièvement Minitel magazine, puis part enseigner la littérature à Shanghai tout en correspondant pour la presse française.
Le reste est une ascension méthodique : Science et Vie Économie à la fin des années 1980, L’Expansion pendant neuf ans jusqu’au poste de directeur adjoint, la direction d’Enjeux-Les Échos de 2000 à 2008, puis celle de la rédaction de La Tribune. L’audiovisuel n’arrive qu’en 2011, à cinquante ans, avec la direction éditoriale de BFM Business. Il a vingt-huit ans de métier derrière lui quand il devient un visage. Ce que TF1 achète en 2018 n’est donc pas une notoriété de plateau : c’est une signature construite ailleurs, dans des rédactions économiques exigeantes. Son confrère Dominique Seux, passé des Échos à France Inter, a suivi une trajectoire comparable.
Reste la question que ses détracteurs posent régulièrement, Acrimed en tête : un journaliste qui explique chaque matin aux Français pourquoi les salaires ne peuvent pas augmenter doit-il dire ce qu’il gagne ? François Lenglet n’a jamais répondu. Il n’y est pas tenu.
À retenir
- Le salaire de François Lenglet chez TF1 et LCI n’a jamais été publié : aucune obligation légale ne contraint un groupe privé à le faire.
- Ses revenus proviennent d’au moins quatre sources : TF1/LCI, RTL, les droits d’auteur de huit livres et les conférences.
- Seul montant jamais documenté : 8 500 € HT facturés pour une conférence à Troyes en 2014, dont il affirme avoir perçu moins de la moitié.
- Les comparables du métier s’échelonnent de 15 000 € nets mensuels (Laurent Delahousse, France 2) à des montants bien supérieurs pour les présentateurs vedettes.
- À titre de repère, le revenu médian d’un journaliste français en CDI était de 3 560 € bruts en 2023.
Le plus intéressant n’est peut-être pas le montant, mais le silence. Dans un paysage où les cachets des animateurs finissent toujours par fuiter, celui de l’homme qui met la France en équations tient depuis quinze ans. C’est, à sa manière, une performance éditoriale.








